Un marcheur parcourt 730km à pied pour le droit au don du sang pour tous

3 months ago — 10 min read — Pas de commentaire
By Julie Baquet

730 kilomètres parcourus à pied depuis Toulouse jusqu'au ministère de la Santé à Paris, Frederic Pecharman a réussi son pari le 1er septembre ! Celui de mettre en lumière une cause qui lui tient à cœur : le droit au don du sang pour tous sans discrimination. Car si le don du sang par les homosexuels et bisexuels est autorisé en France depuis juillet 2016 (après 30 ans d'exclusion), ce don impose l'abstinence durant douze mois. Une hérésie pour le marcheur d’"Homodonneur" qui a rencontré l’adjoint au Ministre de la santé afin d'exposer ses revendications et la promotion de solutions qui existent déjà comme le don de plasma sécurisé par quarantaine. Il nous raconte son histoire dans une interview accordée à Blued.

Vous avez marché du 17 aout au 31 août depuis Toulouse jusque Paris avec un message fort : l’égalité entre les homosexuels/bisexuels et les hétérosexuels pour le don du sang. Expliquez-nous votre démarche.

Cette première édition de la marche des donneurs avait pour but essentiel de dénoncer la stupidité d’une mesure qui nous impose un an d’abstinence sexuelle pour pouvoir donner notre sang.
Et lieu et place de cette mascarade d’évolution des critères de sélection proposés, nous avons voulu mettre le projecteur sur une autre voie non seulement possible mais surtout souhaitable : le don de plasma sécurisé par quarantaine.
En effet, ce type de don très particulier, et peu connu du grand public, présente l’avantage de pouvoir étudier en conditions réelles et sans risques pour les receveurs la possibilité d’une réintégration aux mêmes conditions des gays et des bis.
Ce type de don est rendu possible par le dernier arrêté ministériel en date du 5 avril 2016. Or, aucune politique de promotion spécifique sur notre population n’a été mise en place à ce jour… C’est pourquoi nous demandons fermement au nouveau gouvernement de remédier à cela, en vue de prouver sa bonne foi pour faire avancer le dossier, dans le bon sens cette fois-ci !

Vous avez rencontré Nicolas Labrune, adjoint de Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Que retenir de cet échange ?

Sur la forme, l’échange a été très agréable avec un interlocuteur à l’écoute, compétent et ouvert au dialogue.
Sur le fond nous ne nous sommes pas contenté de dénoncer l’actuelle mesure, nous lui avons demandé de transmettre à sa Ministre la requête suivante : qu’une vraie politique de promotion du don de plasma sécurisé par quarantaine soit effectuée par les services de l’État sous sa tutelle (EFS en particulier)

Des prises de positions et des avancées ont été conclues ?

Rien n’a été décidé à l’issue de cette rencontre, d’autant plus que la personne rencontrée n’est pas dotée d’une capacité de prise de décision.
Nous avons même clairement énoncé que nous laissions un temps raisonnable à Agnès Buzin (fin de cette année), pour donner une réponse sur la forme qu’elle souhaitera à notre requête.
Nous avons émis le souhait que cette dernière puisse honorer de sa présence le prochain comité de suivi épidémiologique prévu par l’annexe VIII de l’arrêté ministériel, afin qu’il lui soit permis de présenter à l’ensemble des acteurs sa politique générale en matière transfusionnelle.

« L’exclusion des homosexuels et bisexuels masculins était totalement justifiée à une époque (…) Or, depuis la fin des années 80, nous disposons de tests fiables et d’une parfaite compréhension des moyens des transmission du VIH et donc, en creux, des moyens de s’en prémunir ».

Les prises de positions contre « le don du sang pour tous » avancent des arguments obsolètes selon vous ?

C’est le terme qui convient, en effet.
L’exclusion des homosexuels et bisexuels masculins était totalement justifiée à une époque où un agent émergent touchant particulièrement cette population ne disposait pas de tests efficaces et surtout un recul épidémiologique à même d’établir une éviction ciblée des personnes aux comportements à risques.
Or, depuis la fin des années 80, nous disposons de tests fiables et d’une parfaite compréhension des moyens des transmission du VIH et donc, en creux, des moyens de s’en prémunir.
Arguer de la prévalence ou de l’incidence du VIH au sein des HSH (Hommes ayant eu ou ayant des relations Sexuelles avec d’autres Hommes… c’est à cet acronyme là qu’ils nous réduisent !) pour justifier notre exclusion n’est pas tenir compte qu’être donneur c’est être responsable, que donner son sang n’est pas le résultat d’un prélèvement aléatoire parmi une population plus touchée par le VIH, mais le fruit d’une volonté personnelle, réfléchie, mûrie et altruiste. Qui plus est soumis à un entretien médical préalable très rigoureux et sélectif.

Aimeriez-vous un soutien des associations LGBT dans votre lutte ?

La création de notre structure associative est la réponse à l’absence de mobilisation du tissu associatif LGBT sur ce sujet.
Hormis quelques rares associations que nous saluons au passage, qui soutiennent ouvertement le don du sang pour tous aux mêmes conditions, la quasi-totalité sont indifférentes (96% des français ne donnent pas leur sang, pourquoi les LGBT seraient-il plus généreux) et même nous avons eu droit à une trahison en bonne et due forme de la part de la fédération nationale LGBT, qui avait pourtant voté à l’unanimité une résolution allant dans notre sens, mais envoyé un opposant (au don du sang pour tous) lors des  négociations ministérielles, pour valider in fine la ceinture de chasteté d’un an…
Autant dire que nous avons fait notre deuil du soutien du mouvement LGBT dans son ensemble, en revanche nous soutiendrons et encouragerons comme nous l’avons toujours fait toute initiative venant de n’importe quelle association, LGBT ou pas par ailleurs.

 

homodonneur

 

Certains homosexuels et bisexuels qui veulent donner leur sang mentent pour pouvoir le faire. Que ce soit sur leur homosexualité, leurs prises de risques, ou leur abstinence. Votre sentiment à ce propos ?

Nous sommes là au cœur du problème de la sécurité transfusionnelle : la relation de confiance entre le candidat au don et le médecin de collecte est primordiale.
Toute rupture de cette confiance est une brèche dans laquelle s’engouffre tous types de risques, y compris ceux de contamination d’agents pathogènes dont le VIH.
Et c’est à la fois parce que les autorités sanitaires édictent des critères irréalistes et parce que des donneurs contournent les mesures que les risques s’accroissent : la responsabilité est partagée par les deux parties, et les receveurs en pâtissent.
D’un côté nous faisons tout ce qui est à notre disposition pour pouvoir faire évoluer la règlementation dans le bon sens, de l’autre nous incitons les personnes concernées à ne pas mentir lors des dons. Nous avons réussi pour certains, nous espérons pouvoir réussir pour les autres.

Quels peuvent être les moyens mis en place pour faire lever cette condition d’abstinence ?

Bien entendu, il y a en France l’étude que nous demandons à partir des dons de plasma sécurisé par quarantaine, pour laquelle il faut un nombre élevé de participants, d’où notre demande instante de promotion de ce type de don.
Mais il y a aussi l’étude basée sur les pays pratiquant le don du sang pour tous, Italie, Espagne, Portugal, Mexique, Chili et Russie entre autres, étude qui, bizarrement, n’a jamais été envisagée en France par les experts et qui pourrait démontrer l’innocuité du prélèvement des gays et des bis.
Ils nous rétorquent que les données n’existent pas, contrairement aux pays pratiquant l’abstinence sexuelle…

 

 

Votre quotidien dans cette marche, racontez-nous

Cette marche a été, de loin, l’épreuve la plus douloureuse que j’ai eu à réaliser pour une action militante ; même mon jeûne de 40 jours pour lancer la création du collectif HOMODONNEUR avec ses troubles gastro-intestinaux étaient bien plus supportable.
Tous les jours je devais à la fois atteindre les objectifs kilométriques et en même temps devoir ménager mon corps pour éviter que mes douleurs tendineuses, musculaires et articulaires ne se transforme en arrêt de marche pour raison médicale.
J’ai eu parfois à me contenter que d’un repas par jour, de l’absence de douche avant de planter ma tente dans une lisière de bois particulièrement fraîche, marcher de nuit avec des bêtes sauvages qui surgissaient de nulle part etc…
Mais j’ai eu aussi des portes qui se sont ouvertes, des sourires échangés, des conseils avisés : ça été certes une action militante, mais aussi une épreuve personnelle qui m’a enrichie humainement.
J’espère simplement que l’année prochaine d’autres personnes se joindront à la deuxième édition de la marche des donneurs pour manifester leur désir intense de sauver des vies, et même qu’ils participeront à la conception du nouveau parcours, du nouveau contour.

Parlez nous du collectif « Homodonneur ». Comment fonctionne-t-il et combien de membres sont comptabilisés à ce jour ?

Le collectif HOMODONNEUR est né il y a environ neuf ans de cela et a pour but, comme tout le monde l’a compris, de militer en faveur du don du sang pour tous.
Son fonctionnement est semblable à celui de n’importe quelle association, à ceci près que nous n’avons pas de conseil d’administration : les responsables divers et variés sont élus directement par l’assemblée générale pour un mandat d’un an, et c’est le bureau qui fait office d’organe décisionnaire central, même si un grand nombre de décisions sont prises en réunions de commissions.
Ce qui fait la force de notre collectif c’est non seul son mode de fonctionnement et, paradoxalement, le faible effectif de membres au sens juridique du terme : à peine une vingtaine de membre sur le territoire national, dont pour l’instant la quasi-totalité se trouve sur Toulouse.
De fait, nous sommes un « groupuscule » extrêmement réactif et opérationnel, réunissant aussi des personnes expertes dans le domaine étudié (épidémiologistes, médecin, pharmacien…)

 

don plasma

 

D’autres initiatives sont envisagées comme votre marche des donneurs ?

Tout au long de l’année, en plus d’une communication qui s’améliore, nous avons une panoplie d’actions à mener, que ce soit notre opération permanente baptisée non sans humour Toi aussi viens te faire jeter du don ! ou même celle déjà évoquée Tous les deux mois, je donne mon plasma !.
Nous informons la population dans son ensemble, ou plus spécifiquement celle des donneurs en tenant un stand lors de collecte de sang de notre existence, de nos revendications, de l’intérêt de notre cause ; éventuellement en manifestant bruyamment avec mégaphone et banderole.
Mais l’essentiel de nos actions reste avant toute chose la lutte contre l’abstinence sexuelle, notamment lors de discours appréciés du public.

 

A lire

Cette carte vous indique le dépistage rapide du VIH le plus proche de chez vous

Share this article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next PostBientôt une série dramatique sur le tueur en série de Grindr Previous PostDécouvrez pourquoi Disneyland Paris a refusé l'accès à ce petit garçon