Le chemsex fait des ravages en Belgique : les premières données

6 months ago — 4 min read — Pas de commentaire
By Jérémy Patinier

Une enquête sur la pratique du Chemsex (le sexe sous drogues) à Bruxelles et sa région, orchestrée par l’Observatoire du sida et des sexualités (OSS) et l’association de prévention gay Ex-æquo, montre l’étendue du phénomène.

  • Sur les 362 répondants (94 % de gays), 225 ont déjà pratiqué le chemsex, soit 62%.
  • Le phénomène semble dont être ancré chez les gays vivants dans la capitale belge, 65 % d’entre eux vivaient dans la région de Bruxelles au moment de l’enquête.
  • 56 % des chemsexeurs déclarent être célibataires, les autres en couple. Ces derniers sont plus des 3/4 du temps en couple dit « ouvert », non-exclusif.
  • 33 % des répondants déclarent être séropositifs, dont 92 % en charge virale indétectable.
  • 70 % des répondants pratiquent le chemsex chez eux, majoritairement avec un seul partenaire, même si 44 % participent également à des soirées à plusieurs.
  • La moyenne d’âge des répondants est de 37 ans.
  • Pour 10 % des interrogés qui pratiquent le chemsex, les plans ont lieu plusieurs fois par semaines. Pour 45 % des autres, ce n’est arrivé que quelque fois durant les douze derniers mois.

Le poppers, la méphédrone, le viagra, le GBL (dérivé du GHB), mais aussi la cocaïne et l’ecstasy sont très fortement reliés à la pratique du chemsex en Belgique. En comparaison avec les autres pays, le Khat est moins répandu (15 % des répondants). Mais le slam l’est davantage qu’en France ou en Angleterre, même s’il reste très minoritaire.

La prévention

  • Plus de la moitié des répondants affirme avoir effectué un dépistage du VIH il y a moins de trois mois. Mais 4 % disent ne jamais avoir eu recours au test.
  • 70 % des répondants disent s’être fait dépistés de l’hépatite C, durant l’année précédant l’étude. C’est 86 % chez les chemsexeurs séropositifs.
  • 47 % des chemsexeurs séronégatifs affirment utiliser un préservatif
  • 11 % déclarent prendre la PrEP (pourtant non autorisée en Belgique), ou d’autres stratégies comme le retrait avant éjaculation ou le sero-sorting (choix du partenaire et des pratiques).
  • 4,5 % des répondants ont eu recours au traitement d’urgence (TPE). Pour les chemsexeurs, cela était massivement consécutif à un plan chems.

Les chemsexers séropositifs sont 36 % à déclarer n’utiliser « aucun » moyen de prévention, mais le questionnaire n’incluait pas la protection par le traitement (Tasp), qui empêche la contamination lorsqu’il est bien pris et la charge virale indétectable. Rappelons qu’un tiers est séropositif est intransmissible dans les répondants.

En détail

Les motivations des chemsexeurs sont diverses : recherche de nouvelles sensations, proposition directe par un partenaire sexuel ou un ami, des problèmes psychologiques, physiques, relationnels ou sexuels, notamment de la fatigue et des troubles du sommeil. Certains détaillent des problèmes plus graves, comme des hallucinations (20 %) ou des pertes de conscience (24 %), ce qui est énorme, davantage chez les chemsexeurs séropositifs.

Le chercheur responsable de cette enquête Jonas Van Acker fait plusieurs constats : une mobilité importante, une exploration de la sexualité dans les plans, une multitude de stratégies de prévention, mais la difficulté d’appréhender un phénomène, évolutif, aux définitions multiples, auquel les structures de soins et de prévention ne sont pas adaptées.

S’il manque une partie qualitative, et une version en flamand et en anglais (la Belgique est facilement trilingue), l’enquête permet de mettre en lumière un phénomène qui existe autant à Bruxelles qu’à Paris ou Berlin. Mais les institutions financières n’ont pas, pour l’instant, prévu de payer une suite à ce premier rapport…

Plus d’infos :  http://observatoire-sidasexualites.be/wp-content/uploads/WEB-DEF-chemsex-rapport-mars17.pdf

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