5 questions à Alex Wetter : « Je suis un homme qui assume sa féminité »

2 months ago — 5 min read — Pas de commentaire
By Julie Baquet

Alex Wetter séduit pour sa personnalité singulière ! Mannequin pour Jean-Paul Gaultier, égérie pour Adopte un mec, comédien, auteur... Il croque la vie et fourmille d'idées. Alex poursuit sa belle ascension et nous livre quelques confidences. Interview.

Alex Wetter, peux-tu nous parler de ton travail ?

J’ai commencé ma carrière en tant que mannequin quand je suis arrivé sur Paris à l’âge de 21 ans. Au départ en tant que mannequin homme, j’ai enchainé des contrats et prêté mon visage et mon androgynie à plusieurs marques : TooGood, Adopte un mec, Citroën… J’ai également fait des défilés, dont Jean-Paul Gaultier : un rêve qui s’est réalisé ! C’est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie !

Alex Wetter

Quels sont tes objectifs et rêves ?

Le cinéma ! Ca, c’est sûr ! Après que mon rêve soit devenu réalité en ayant défilé pour Jean-Paul Gaultier, je me suis fixé un nouvel objectif : monter un jour les marches de Cannes et avoir un prix ! Mais avant d’y arriver, j’ai du travail à accomplir. Petit à petit. J’essaye de rentrer par la petite porte. J’ai fait des apparitions dans des téléfilms et des séries comme Versailles.
Je suis actuellement sur plusieurs projets : l’organisation d’un court-métrage dans mon village, aboutir à mes écritures de scénarios… J’ai également eu deux propositions pour des longs métrages et des web séries. Et puis, je nourris également le rêve d’être un jour dans une comédie musicale.

Alex Wetter

Raconte-nous l’histoire de ton coming out

Je me souviens que petit j’adorais me déguiser. Un jour pour le Carnaval, ma mère m’a même confectionné un costume de fée ! Et mon père m’a maquillé. C’est dire l’ouverture d’esprit de mes parents ! Je crois que j’ai toujours eu ce côté féminin en moi, mais je n’ai commencé à l’assumer qu’à la Fac. J’ai grandit dans un petit village du Var, l’homosexualité là-bas n’est pas répandue. Encore moins un homme féminin ! Ma mère a découvert mon homosexualité lorsque j’avais 19 ans alors que j’allais rejoindre mon copain de l’époque en vacances en Alsace. Elle avait deviné que j’allais voir un homme et m’a dit : « Je sais. Je ne comprend pas pourquoi tu ne m’en a pas parlé ». A ce moment là, j’ai eu très peur. Dans la panique je n’osais plus revenir chez moi. J’ai donc rejoint ma meilleure amie à Toulouse, la seule qui était au courant, mais il a bien fallu que je rentre récupérer des affaires. Ma mère était assez mal à l’aise, et souhaitait que l’on n’en parle pas à mon père. Puis elle a finalement craqué et lui a tout raconté. Pour mon père ça a été un bouleversement car il avait des ambitions pour moi. Son rêve était d’avoir plein de petits enfants et de fait, mon homosexualité détruisait ses projets de retraité entouré de bambins dans la grande maison familiale. Je ne leur en ai pas voulu, d’autant qu’aujourd’hui, ma sexualité est totalement acceptée par mes parents. Mon père m’encourage même dans la PMA, la GPA et l’adoption. Je dirais que le plus difficile dans ma vie a finalement été le collège et le lycée. Je subissais des remarques et brimades quotidiennement. C’était atroce, j’ai même pensé dire stop à la vie. J’étais la cible idéale et ça se voyait, j’étais le « PD de l’école ». Je n’ai pas parlé de toute cette période sur le moment à mes parents car je ne voulais pas qu’ils y aient la honte sur eux.
Aujourd’hui tout va bien, ce que j’ai vécu sont mes meilleures armes. J’ai la chance d’accéder à un milieu où on m’offre une voix. J’ai réussit à contrebalancer ce que je considérais comme une malédiction pour un cadeau du ciel.

Alex Wetter

As-tu été victime d’abus ou de discrimination de la part de la communauté gay ?

On fantasme sur ma vie alors qu’elle est tout a fait normale. Il existe une phobie chez les hétéros comme chez les homos : celle de la « grosse folle exubérante ». Souvent, on pense que je suis une transsexuelle. Je n’ai ni le besoin, ni l’envie de changer de sexe. Je suis un homme qui assume sa féminité. Un homme féminin qui aime les hommes et mon coté féminin fait partie de moi, c’est naturel.
Pour répondre à la question, je n’ai pas subis d’abus, les personnes que j’ai fréquenté et que je fréquente m’ont plus accepté qu’autre chose. J’ai juste eu des soucis dans le jugement facile par rapport au fait que je sois trop féminin. Je ne fais pas partie des codes de séduction habituels du fantasme homosexuel attaché à l’hyper virilité.

Marche des Fiertés 2017 © Blued

Quel est ton dernier souvenir positif le plus marquant ?

Le fait d’avoir été sur le char de l’Inter-LGBT lors de la Marche des Fiertés. J’ai endossé le rôle de Marianne. J’ai pris ce symbole car je rêve qu’un jour en France, la Marianne soit une Marianne LGBT. Cette allégorie montrerait que tout le monde peut être une Marianne.
Le moment le plus fort de cette journée a été les 3 minutes de silence pour les morts, « nos » morts du Sida au milieu de cette fête et de tout cet amour. J’ai ressenti une vive émotion, c’était émouvant de voir cette unité où nous étions tous égaux. Cette marée humaine et ce silence… J’en ai encore des frissons ! J’ai l’impression que nous sommes la seule communauté à nous impliquer dans ce combat contre le Sida.

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